Cet été, l'incendie parti de Saumos a parcouru 42 000 hectares et détruit 240 habitations en Gironde. Pour les familles touchées, après le choc vient une épreuve plus silencieuse : prouver à l'assureur ce qu'elles possédaient, au moment précis où tout est parti en fumée. Ce travail se prépare avant. Voici pourquoi, et comment s'y prendre en une soirée.
Après un sinistre, c'est à vous de prouver
Quand une maison brûle ou qu'un cambrioleur vide un salon, l'assureur indemnise ce qui a été perdu. Encore faut-il pouvoir le démontrer. En pratique, c'est l'assuré qui doit établir l'existence et la valeur de ses biens : factures, photos, certificats, relevés bancaires.
Or, après un incendie, ces preuves ont souvent brûlé avec le reste. Et après un cambriolage, on découvre qu'on ne se souvient plus de ce qu'il y avait dans les tiroirs. Résultat : des biens oubliés, des valeurs sous-estimées, et une indemnisation inférieure à ce à quoi l'on avait droit.
Le piège de la sous-assurance
Beaucoup de contrats habitation reposent sur un capital mobilier, déclaré à la souscription : la valeur totale de ce que vous possédez. Ce chiffre est souvent choisi au hasard, puis jamais revu, alors que les achats s'accumulent au fil des années.
Le problème apparaît le jour du sinistre. Si le capital déclaré est inférieur à la valeur réelle de vos biens, l'assureur peut appliquer la règle proportionnelle de capitaux (article L121-5 du Code des assurances) : l'indemnité est réduite dans la même proportion que la sous-évaluation, même pour un sinistre partiel.
Exemple simplifié
Vous avez déclaré 30 000 € de mobilier. Vos biens valent en réalité 50 000 €. Vous êtes donc assuré à 60 % de leur valeur.
- un dégât des eaux abîme pour 10 000 € de mobilier ;
- l'assureur peut ne verser que 6 000 €, avant franchise.
Vous n'avez pas « dépassé » votre capital, et pourtant vous perdez 4 000 €.
Trois autres points font souvent la différence entre une bonne et une mauvaise surprise :
- la vétusté : sans garantie « valeur à neuf » ou « rééquipement à neuf », un canapé de huit ans est indemnisé à sa valeur d'usage, pas à son prix de remplacement ;
- les objets de valeur : bijoux, montres, œuvres, matériel photo… Ils sont souvent plafonnés, par exemple à un pourcentage du capital, et peuvent exiger des conditions de protection particulières ;
- le vol : la garantie vol a souvent ses propres plafonds et conditions (serrures, fenêtres, absence prolongée).
La méthode en quatre étapes
- Faire l'inventaire pièce par pièce. Meubles, électroménager, high-tech, vêtements, linge, vaisselle, livres, outillage, vélos, contenu du garage et de la cave. On oublie toujours ce qui est rangé.
- Photographier et filmer. Une vidéo de chaque pièce, portes de placards ouvertes, prend dix minutes. Pour les objets de valeur, photographiez aussi les numéros de série, les poinçons et les signatures.
- Rassembler les justificatifs. Factures, tickets, certificats d'authenticité, expertises, bons de garantie, et à défaut relevés bancaires ou confirmations de commande en ligne.
- Tout stocker hors du domicile. Un dossier dans un drive en ligne, ou une copie chez un proche. Un inventaire rangé dans un tiroir de la maison qui brûle ne sert à rien.
Puis, une fois par an, ou après un achat important, mettez l'inventaire à jour et comparez-le au capital de votre contrat.
Combien vaut ce que vous avez chez vous ?
Cochez vos biens pièce par pièce : l'estimateur calcule le capital à déclarer, repère les objets de valeur et teste votre contrat face à un sinistre.
Le jour du sinistre : les délais à connaître
Délais légaux de déclaration à l'assureur (articles L113-2 et L125-2 du Code des assurances)
- Vol ou cambriolage : 2 jours ouvrés, après avoir porté plainte auprès de la police ou de la gendarmerie ;
- Incendie, dégât des eaux et autres sinistres : 5 jours ouvrés ;
- Catastrophe naturelle : 30 jours après la publication de l'arrêté au Journal officiel. Attention, un feu de forêt n'entre pas dans ce régime : c'est la garantie incendie de votre contrat qui joue, avec son délai de 5 jours ouvrés.
Ces délais courent à partir du moment où vous constatez le sinistre. Votre contrat peut prévoir des délais plus longs.
Ne jetez rien avant le passage de l'expert, sauf pour des raisons de sécurité, et photographiez les dégâts. Conservez aussi tous les frais engagés : relogement, nettoyage, achats de première nécessité.
Le regard du conseiller
Un contrat habitation n'est pas un abonnement que l'on oublie. Une fois par an, posez-vous trois questions :
- le capital mobilier déclaré correspond-il encore à ce que je possède ?
- ai-je acheté des objets de valeur à signaler, ou dépassé un plafond ?
- mon contrat prévoit-il le rééquipement à neuf, et à quelles conditions ?
Ce sont des vérifications simples, qui ne coûtent qu'une heure. Le jour où il faut reconstruire, elles font toute la différence.
À toutes les familles girondines qui traversent cette épreuve depuis l'été : courage. Et si cet article peut éviter à d'autres de vivre la même double peine, il aura servi.
Cet article présente des mécanismes généraux à titre d'information. Les garanties, plafonds, franchises et délais dépendent de votre contrat : seules ses conditions générales et particulières font foi. En cas de doute, interrogez votre assureur ou votre conseiller.